Sensuellement Votre...

La Mante dévoreuse...




Amante et dévoreuse...
Tu es la Mante Religieuse!

Le hasard m'a offert de rencontrer cette étrange créature en ma prime jeunesse...
Je vous conte les savoureux détails de sa vie intime:


Première partie: Le jardin Remontru.

Mon premier contact avec cette étrange créature prend place dans mon enfance, quelques années après la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. Cette référence au temps est instinctive, c'est celle des personnes de ma génération, impossible de l'oublier...enfin nous sommes sans doute en 1945 ou 1946, c'est à dire encore en pleine période de restrictions...

En ces années, tout était rare, nourriture contingentée par des cartes et des tickets, les habits et toutes les fournitures industrielles étaient quasi-inexistants. On ne voyait circuler que quelques rares automobiles anciennes ou encore des voiturettes électriques appartenant à des commerçants ou des médecins, rarement à des particuliers. Seule les vieilles bicyclettes étaient en nombre, mais encore fallait-il trouver des pneus. Faute de ces derniers les bricoleurs montaient sur les jantes des tuyaux d'arrosage ou même des bouchons de liège enfilés sur un fil de fer. Dans les deux cas la roue était garantie, increvable !

Dans ce contexte, cette époque était celle du troc et du marché noir. Nous échangions les bons de tabac de mon père non-fumeur contre ce que j'appellerais quelques privilèges! C'est là tout le trafic coupable auquel notre petite famille se livrait ! Quels que soient les denrées, produits ou accessoires, tout était de substitution et de mauvaise qualité... « ersatz » était le mot qu'il convenait d'employer!

Dans un telles circonstances, il était bon d'avoir un petit jardin, ce que nous avions obtenu par location d'un terrain situé à quelques kilomètres de notre lieu d'habitation en centre ville. Nous pouvions nous y rendre à bicyclette ou, aux beaux jours, par des raccourcis, à pied.
Ce terrain était petit, la terre pauvre et argileuse. Il n'y avait pas d'eau pour arroser. De surcroît ce lopin était très pentu, situé le long d'une longue rue non moins pentue qui portait le nom de « rue Remontru ». Pour l'enfant que j'étais, cela était parfaitement assorti et drôle, mais ce devait être le nom d'un défunt personnage local. Cette zone est devenue depuis un lotissement pavillonnaire. J'emprunte encore quelques fois cette rue qui conduit à la dernière demeure de ma Maman.

Mes parents, surtout ma mère, cultivaient ce petit carré de terre, et le produit principal de leurs efforts, le seul dont je me souvienne, se nommait de ce curieux nom : "topinambours". Nous les consommions, cuits à l'eau, en guise de pommes de terre. Ne me parlez jamais de ces rhizomes ou autres crosnes, qui sont devenus maintenant des légumes recherchés car ils resteront pour moi, infects?

Et la Mante dans tout cela ? J'y arrive...

 

Deuxième partie: Un mystérieux insecte.

 Cet après-midi là je n'étais pas allé au jardin et le soir ma mère en revenant me dit, cherchant dans la poche de son tablier : « tiens, je t'ai ramené une grosse sauterelle... » et exhibait un étrange insecte vert tendre que j'identifiais de suite, "mais c'est une mante religieuse" dis-je ! Je n'en avais vu seulement qu'en images mais je la reconnaissais sans peine. Il faut dire que j'étais passionné par la capture d'insectes et la confection d'herbiers et que je me documentais au hasard de vieux bouquins ramenés par mon père qui aimait particulièrement « faire » les ventes, les brocantes et parcourir les bouquinistes sur les quais de la Seine à Paris.

C'est fou ce que ces lieux recelaient de trésors de toute nature...Le petit atelier d'artisan électricien de mon père, dont la vocation était la réparation de poste de postes de radios antédiluviens, de fers à repasser et de toutes sortes d'accessoires tels que réchauds ou radiateurs électriques. Ces objets trop anciens ou de mauvaise qualité étaient indispensables en ces temps de restrictions et trop souvent défaillants. Ces réparations s'effectuaient avec les moyens du bord car les pièces de rechanges étaient difficiles à trouver.

Hors les matériels nécessaire à l'exercice de sa profession cet atelier comportait une étagère garnie d'une véritable bibliothèque "technique" de tout et n'importe quoi et dans la quelle je trouvais un réel bonheur. Physique, photographie, médecine...sciences naturelles, aviation etc...

Donc je savais reconnaître la bestiole et connaissait ses qualités de dévoreuse carnassière...

Au premier abord l'insecte semble quelque peu étrange comme s'il venait d'une autre époque, d'un autre monde. Certes l'aspect général est celui d'un assez grosse sauterelle. Avec un corps plus effilé de 6 à 8 centimètres de longueur Dame Mante dégage un certain charme et est réellement gracieuse, gracile dirais-je sous son air hautain.
La tête est détachée du corps auquel elle est reliée par un cou long et fin, sorte de prolongement du thorax d'ou partent ses pattes avant, lesquelles sont munies, à la seconde partie du membre, d'épines meurtrières agencées à la façon des dents d'un râteau. Repliées sur la première partie elle forment de redoutables pinces de capture qui enserreront la proie jusqu'à complète dégustation.
La tête est de forme triangulaire, avec de gros yeux exorbités est munie de deux fines antennes assez longues. Cette tête est excessivement mobile, capable de tourner sur pratiquement 360 degrés. Elle confère à l'insecte la possibilité d'explorer toutes les directions sans qu'il ait à se déplacer. La bouche est munie de mandibules impressionnantes de complexité qui lui permettent de déchiqueter très facilement tous types de proies.
La lenteur est le propre de cet insecte et je ne l'ai jamais vue se déplacer rapidement, ni faire de mouvements brusque sauf quand elle tente d'attraper une proie qu'elle aura au préalable fascinée, comme si elle l'avait hypnotisée du regard.
la Mante se tient couramment à la verticale avec ses pattes ravisseuses repliées ce qui lui a valu son nom. Elle semble incapable de voler.

Donc après avoir pris le temps de faire connaissance nous décidons, en famille, d'héberger la Dame...Il n'aurait pas été ni convenable pour les passants, ni salutaire à la belle dévoreuse de l'abandonner sur la voie publique en plein centre ville.
Une ancienne boite à biscuits avec un peu de sable fin au fond, recouverte d'un fin grillage à "garde manger" de récupération et d'une vitre, allait constituer l'appartement somptueux de notre nouvelle pensionnaire. Nous étions vraisemblablement en plein été et il fût décidé de la garder à l'extérieur, sur le rebord d'une de nos fenêtre...

Un peu de documentation nous indiquait rapidement que Madame consommerait toutes sorte d'insectes, mouches, guêpes, abeilles, papillons, araignées etc...mais il se faisait tard et il lui faudra attendre le lendemain matin pour que sa première proie lui soit livrée...



Troisième partie : Le premier repas de notre Pensionnaire

Pour ce premier repas, la victime  ne fût guère difficile à trouver en cette saison. Ce sera une banale mouche, de celles qui à cette époque envahissaient nos cuisines et que tous les ustensiles inventés se révélaient parfaitement incapables d'éliminer. Si vous ne les avez connus, je cite pour mémoire, le papier tue-mouches, sorte de papier englué jaunâtre, vendu enroulé dans un tube de carton et qu'il fallait étirer avant de l'accrocher au plafond. Voyez l'effet décoratif quand le ruban était garni de centaines de mouches ! Ajouter à cela que l'objet avait une forte propension d'attirer toute chevelure passant à proximité et particulièrement les cheveux longs!

Il y avait également le « gobe mouche », sorte de nasse inversée en verre, remplie d'eau sucrée qui capturait les gourmandes qui finissaient par périr noyées, n'en finissaient pas d'expirer surnageant parmi leurs défuntes congénères.

Pour les gros « gibiers » tels que grosses mouches, guêpes, bourdons et papillons de nuit la fameuse « tapette » s'imposait. Elle était constituée d'un petit carré de grillage fin, ourlé d'un galon protecteur et montée à l'extrémité d'une longue tige avec manche. La « tapette » était d'une efficacité redoutable pour les bons viseurs ayant de bons réflexes.

Au réveil, le lendemain matin, la chasseuse était accrochée à son grillage, tête en bas.

Pour cette première occasion je me contentais de capturer, à main nue, une mouche, que vivante, je glissais délicatement sous le grillage fermant la boite.

Immobile sur sa litière de sable fin la Chasseuse laissait son futur festin voleter autour d'elle dans le petit volume disponible. Après s'être fatiguée à ce jeux notre mouche, oh erreur, s'immobilisa, contre une paroi et, en changeant légèrement de position, la Mante tournant la tête, la fixa de ses yeux exorbités, comme si elle voulait l'hypnotiser...la mouche restait immobile ...la scène dura quelques instants, puis en un éclair, les pinces meurtrières se détendirent puis enserrèrent le corps de leur victime . Les mandibules broyeuse, organe assez complexe que je ne saurais vous décrire se mettent à l'œuvre, entament l'abdomen du festin...le creusent sans états d'âme, comme le ferait une machine telle une sorte d'excavatrice...

Il ne fallût peut-être qu'une dizaine de minute pour qu'au fond de la boîte il ne resta plus que la tête, les ailes et les pattes de la victime. Ce sera le cas de tous les insecte consommés par cette dévoreuse.

Par la suite, nous lui offrions souvent des guêpes vivantes qu'elle semblait particulièrement affectionner. Aussi des papillons de nuit dont il ne restait que têtes et ailes.

Quatrième partie et fin : Notre pensionnaire nous quitte...

Nous avons pendant les mois suivaient continué à nourrir soigneusement notre amie, en variant ses menus, toujours composés d'insectes vivants. Nous arrivons à la fin de l'automne et les captures deviennent moins faciles et moins variées.
La demeure type " boite à gâteaux " qui était toujours placée sur le rebord d'une fenêtre constituait une sorte d'attraction pour la clientèle de l'atelier paternel. Nous la rentrions la demeure le soir les nuits étant devenues fraîches...La Mante est une résidente des régions méditerranéennes seules, quelques une s'égarent en nos régions !
Pour cette période les souvenirs me manquent aussi je serais plus succinct et moins précis dans suite de mon récit.
Nous avions constaté que l'abdomen de l'insecte prenait progressivement du volume au fil des jours et un matin nous avons trouvé dans la boîte un dépôt de matière blanchâtre de quelque centimètres de long ressemblant à une sorte de larve mousseuse.. De toute évidence il s'agissait là d'une ponte Le ventre de la belle s'était dégonflé!

Quelque jours après, un matin nous avons eu la triste surprise de trouver notre Mante morte. Nous avions vraisemblablement oublier de rentrer la boîte, peut-être était-ce là notre faute ?
Nous avons gardé cette ponte quelque temps, espérant la naissance de petites larves, mais à notre grand regret, rien de tel ne se produisit.

Ainsi prit fin cette aventure et ainsi prends fin le présent récit.

Merci de m'avoir lu...il est toujours un peu triste de se quitter, mais, je suis certain que par d'autres occasions, dans un esprit voisin, nous saurons nous retrouver prochainement en notre espace de liberté

Sincèrement Votre,



Note: En me documentant à cet instant, je découvre que la ponte d'une Mante se nomme " oothèque " et qu'elle ne pouvait avoir lieu qu'une quinzaine de jours après fécondation. Vu que nous n'avions pas accordé de permission à notre " captive " il y là contradiction en mes souvenirs et j'en suis désolé !...soit la ponte à quand même eu lieu et n'est pas fertile, soit il y a en mon esprit confusion avec un autre expérience du même type, brève et plus récente menée quand mon fils était petit et ou l'insecte est mort rapidement. Je l'ai conservé des années dans un petite boîte de carton douillettement installé sur de l'ouate... souvenir, vous me comprendrez !

Un court épilogue vous fera partager une autre rencontre, visite imprévue qui remonte à une quinzaine d'année et de belle images d'une nouvelle Dame de cette famille, Dame que nous avons laissé poursuivre sa vie en liberté. La photo qui accompagne ce récit résulte de cette rencontre.


La Mante dévoreuse, Epilogue...

Voici une seconde photo de cette Madame Mante en visite dans les géraniums sur notre terrasse à deux pas de notre porte. L'œil de Douce, la compagne de mes jours, à qui rien n'échappe jamais, l'avait rapidement reconnue et mon objectif a immortalisé cette "gracile" personne qui a posé rien que pour moi. Tout naturellement elle nous a quitté continuant sa promenade printanière ...

                           




Article ajouté le 2007-07-13 , consulté 284 fois

Commentaires


Antonio (El_abuelo) site : www.martinez-quirce.fr | le 31/03/2008 à 16:33:32
De blog en blog je suis remonté jusqu'au votre et en lisant cette sorte de biographie écrite autour d'un insecte je constate que nous sommes probablement de la même génération, celle qui a souffert des privations de la guerre. Moi aussi j'ai écrit sur mon site l'histoire de cette jeunesse.
Maintenant je vais regarder le reste de votre blog.
Amitiés
Antonio
marmotinou le 05/10/2007 à 00:28:40
je viens de lire aussi ton texte d'amour adressé à ta mère... il est touchant...
marmotinou le 05/10/2007 à 00:21:47
je relis ces anecdotes de ton enfance... j'ai mé te suivre parce que j'ai des équivalents de curiosité infantile dans mon histoire aussi, mais je n'ai jamais capturé de Mante... tu dis si bien la confusion du souvenir dans lequel les images s'associent parce que nous leur voulons une chrnologie et du sens... c'est en général pour cela que le souvenir est erroné... et puis camoufler ce qui est derrière l'intêret de la chose (la Mante est la plus parfaite tueuse de mari... hypnotiseuse dis-tu? sourire)
bisou...
atlantice le 05/09/2007 à 02:43:20
bonjour Francil,
je viens de me replonger dans ton long récit que j'affectionne particulièrement, c'est si bien décrit, on vit chaqu'une de tes paroles manuscritent comme si on était présent...merci pour ce récit.
A quand le prochain?
bisous
pommeacroquer le 21/07/2007 à 00:19:46
Bonne nuit à toi Francil...Retrouver tes articles ici aussi c'est bien et puis en découvrir d'autre aussi...
Je t'embrasse ....Bisous bisous...
celiak le 19/07/2007 à 19:46:17
je viens de te relire et japprecie encore une fois ce que tu decris si ...bien ..dans tes mots je te redecrouvre..
....le recit pour ta maman mas tres emue .!!et comme je te comprend ..là......
.. avec toute mon amitiée francil..a bientot *c*
Carmen site : carmen.blog4ever.com/blog/index-76079.html | le 14/07/2007 à 23:30:25
Bonsoir Francil, d'abord merci pour votre visite sur mon site et vos commentaires chaleureux. Nous avons une passion commune, celle des mots. Alors je ne manquerai pas de venir decouvrir ce récit... Bravo aussi pour votre texte sur votre mère. Je n 'ai pas pu laisser de commentaire malheureusement mais il m'a bcp ému. La vie n'est pas facile pour bien des gens. Votre parcours vous a certainement tres vite poussé à grandir et devenir adulte. Mais au fond de soi meme on reste tjrs un peu enfant, et c'est cet enfant qui a encore besoin de sa mère.
Amicalement
Carmen
atlantice le 14/07/2007 à 10:21:23
coucou,
ah, oui...!
humm, un peu de suspens...
bisous

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